La politique de plateformes des constructeurs, clé de leur succès... ou de leur échec

Dans un environnement de plus en plus compétitif, et dans une industrie en constante innovation, les constructeurs ont développé de plus en plus ce que l'on appelle une politique de plates-formes communes.

Celle-ci remonte probablement aux origines de General Motors, un empire qui s'est constitué par l'association de différents constructeurs, l'union faisant la force. En effet, ces mariages ont plusieurs objectifs, notamment développer une force de négociation importante vis-à-vis des fournisseurs. Ces mariages permettent aussi de standardiser de plus en plus de pièces entre différents modèles de différentes marques.

Une fois qu'un nouveau moteur est développé, qu'une nouvelle génération de boîte de vitesses est inventée, pourquoi en effet se priver de la standardiser sur le plus grand nombre de véhicules, d'autant plus que le prix de revient unitaire baisse selon que la production est élevée, ce dont le consommateur final bénéficie.

Cette façon de procéder a certainement été l'une des clés du succès et de la survie des grands constructeurs automobiles mondiaux au cours du 20e siècle. Les nombreux constructeurs ayant absorbé des concurrents n'ont pas tardé à mettre en place cette politique. Qui dit nouvelle marque dans le giron d'un grand groupe automobile dit technologies et composants partagés entre les différentes marques du groupe.

Dans un avenir proche, il pourrait y avoir jusqu'à 60 % de pièces communes entre différents modèles d'un même groupe, et pourtant ce ne sont pas des pièces " visibles " pour le consommateur. Ce qui différencie alors les voitures, c'est le design qui fait que chaque marque aura de plus en plus sa personnalité.

Un exemple parmi d'autres : récemment GM a engagé une designer de talent, Anne Asensio, et lui a donné pour mission de différencier l'intérieur des différentes marques de la galaxie GM. Dans un futur proche, l'intérieur d'une Chevrolet devrait être différent de celui d'une Pontiac, d'une Saab… de manière assez nette malgré cette obligation de standardiser au maximum.

Un autre constructeur, Volkswagen, s'est illustré en matière de politique de plates-formes au cours des années 90, sous l'impulsion de son ancien patron, Ferdinand Piech. En effet, VW, qui est devenu progressivement propriétaire de Audi, Seat, Skoda, Lamborghini, Bentley et Bugatti, a poussé très loin cette logique. Ainsi une Golf, une Audi A3, une Seat Leon ou une Skoda Octavia peuvent partager le même moteur, la même boîte de vitesses, le même châssis… et pourtant ces modèles n'ont pas le même " standing ", ne s'adressent pas à la même clientèle.

La différenciation vient alors de la qualité de la finition, du niveau d'équipements et, bien sûr, du design.

On peut comprendre qu'un groupe comme VW adopte cette stratégie pour des modèles qui font du volume, mais ils sont en train de reproduire cette logique dans les modèles très haut de gamme. Des moteurs communs à Audi, Lamborghini, Bentley et Bugatti ne sont pas à exclure.

Il y a deux expressions intéressantes à retenir en matière de plates-formes communes. La première, ce sont les modules, car chez VW, après avoir exploité au maximum les plates-formes communes, ils ont évolué vers les modules, c'est-à-dire une sorte de kit incluant différents éléments déjà prêts à l'emploi. La deuxième expression à retenir, c'est " la banque d'organes ", car à partir d'une banque d'organes très riche, développer un nouveau modèle prend alors moins de temps, ce qui permet de réagir plus rapidement aux évolutions du marché.

En effet, si VW n'était pas le premier à lancer une nouvelle mode, réagir prendrait moins de temps, une fois que moteurs, boîtes de vitesses, plates-formes... étaient déjà prêtes à servir. On comprend donc que tous les constructeurs qui possèdent plusieurs marques optimisent au maximum leur politique industrielle.

Une usine maintenant ne se consacre plus à une marque, mais à une plate-forme. Dans une même usine, des Ford et des Mazda peuvent se côtoyer, des Peugeot et des Citroen seront produites côte-à-côte (PSA Peugeot-Citroen étant un autre constructeur de pointe en la matière). D'ailleurs, les constructeurs qui ont connu des difficultés au cours de ces dernières années sont souvent des constructeurs qui n'ont pas suffisamment développé et exploité une politique de plates-formes communes.

En conclusion, on peut dire que la politique des plates-formes communes a un bel avenir et qu'elle constitue l'une des principales clés de succès des constructeurs, car elle permet de créer de plus en plus de modèles et de répondre à une demande de plus en plus variée et segmentée.

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